Archives par mot-clé : Valeur

Construire un choix vital pour la France !

Publié par le journal La Croix le vendredi 27 juin 2014

par PATRICE NOAILLES-SIMÉON, Président du Forum des politiques d’innovation

Le 5 juin dernier, l’Opecst a auditionné quarante personnalités pour comprendre comment il serait possible de renforcer le choix sociétal des Français en faveur de l’innovation, par la mise en place d’un «principe d’innovation». Cette expression encore floue désigne des dispositions permettant de libérer les forces innovantes dans notre pays, tout en préparant la société à mieux intégrer l’innovation. Ce «principe» est aussi un signal fort envoyé aux innovateurs pour les mobiliser en France. Pourquoi et comment ?

L’innovation n’est pas un phénomène de mode, mais un mécanisme économique très structurant, fondé principalement sur l’efficacité économique de l’innovation. Elle consiste à développer une nouvelle voie de création de valeur. Cette nouvelle valeur est la source de la puissance économique ou militaire de ses détenteurs et explique le succès de l’innovation.

L’imprimerie, la machine à vapeur, l’automobile ou les chars en 1940, en sont quelques illustrations. Le choix de l’innovation peut paraître simple, car il consiste à choisir l’efficacité, c’est-à-dire le meilleur rapport qualité/prix. Mais ce choix est complexe, car il implique aussi souvent des modifications sociales, voire culturelles.

L’histoire met en évidence trois niveaux de choix : – Un choix philosophique ou éthique, comme ce fut le cas pour le refus de l’imprimerie en Turquie ou pour l’interdiction de l’intérêt en Occident jusqu’au XVIIIe  siècle. – Un choix collectif ou politique soumis aux intérêts catégoriels, comme c’est le cas pour l’emploi et les lois sur le chômage économique de 1971. – Un choix économique fragmentaire, qui permet à chaque utilisateur de faire son propre choix sur le marché.

Il faut souligner la longueur de ce choix, car il est souvent nécessaire de le confirmer pendant deux ou trois générations pour atteindre une diffusion de plus de 75%. Et ce choix peut être remis en cause, comme ce fut le cas pour l’éclairage au gaz qui a été arrêté avant même d’être généralisé. Si l’innovation n’a pas changé l’homme, elle a changé la vie des hommes. Ils vivent plus nombreux (dix fois en un siècle), plus longtemps (trois fois en trois siècles) et dans des conditions globalement meilleures (surface habitable et confort, alimentation, soins, etc.).

Chaque jour, les migrations humaines s’expliquent par l’attrait du développement dû à l’innovation. L’histoire montre que tous les pays qui ont freiné ou refusé l’innovation ont dû rattraper leur retard. La Turquie et la Chine, du XVe  au XIXe  siècles, témoignent du coût humain et social de ce rattrapage. Pour assurer l’avenir du monde et de ses bientôt neuf milliards d’habitants, l’humanité continuera d’innover. Mais certains Français semblent réticents. S’estimant trompés, sinon trahis, par le «progrès», ils entendent le ralentir, sinon l’arrêter.

À ceux-là, il faut apporter des réponses concrètes, lorsque les inquiétudes sont fondées, selon trois axes : qualité du choix, évaluation, suivi et compensation des charges (pollution ou désorganisation sociale). Dans les quelques cas les plus délicats, pour lesquels il est nécessaire de faire intervenir l’éthique ou la philosophie, et impliquant un mécanisme de décision collective, la sagesse serait de s’en tenir à une approche essentiellement scientifique.

C’est ce que proposaient déjà, dans les années 1980, le professeur Jean Bernard pour les décisions de bioéthique («Tout ce qui n’est pas scientifique n’est pas éthique») et Jean-Paul II en 1992 à l’Académie pontificale des sciences (la primauté du scientifique, lorsqu’elle est établie et reconnue, doit s’imposer aux autres approches de la réalité). Avec ces éléments, il est possible de construire un nouveau choix collectif et éthique pour l’innovation, qui constituera un signal fort donné aux Français et aux innovateurs.

Télécharger l’article

Penser la technologie

1 – Congrès des Cadres étudiants R.P.F. / 7 mars 1949

S’il n’est pas dominé, le machinisme enchaîne les esprits, il gouverne les mœurs, il inspire les théories, il fait des guerres. Tout cela est dirigé dans le même sens : l’asservissement. Pour dominer le machinisme, les hommes libres, ou qui veulent l’être, se rassemblent. Ils ont leur doctrine, leur puissance, leur valeur, leur cadre, leur nation. Ils prétendent vaincre. Ces hommes libres, c’est nous…/…

Le débat est engagé, la lutte est engagée entre la servitude et nous..

2 – Discours / Cité Universitaire, Toulouse / 14 fév. 1959

Rien n’est meilleur que d’alléger le fardeau des hommes. Rien n’est plus noble et plus grand que de leur offrir l’espoir…./…

Au moment où je suis de ma vie, bref, dans mes dernières années, j’ai le sentiment, à l’Université de Toulouse, de me trouver sur une plage, au bord d’un océan, celui qui peut vous porter, vous les chercheurs, vous les professeurs, vous les étudiants, vers les rivages de la découverte, afin de gagner, à partir de là, les terres inconnues du progrès…./…

Voilà pourquoi il est indispensable que, concurremment à la formation scientifique et technique, la pensée pure, la philosophie qui l’exprime, les lettres qui la font valoir, les arts qui l’illustrent et aussi la morale qui procède de la conscience et de la raison inspirent et orientent cet immense effort d’évolution.

de_gaull_image_1

3 – Ecole Polytechnique / 9 juin 1959

Il est essentiel que, plus ces conditions matérielles s’élèvent, déferlent et cherchent à gouverner, et plus doit persister et s’imposer la domination de l’esprit.

4 – Allocution / Fac. de Droit, Buenos Aires / 5 oct. 1964

Rien ne procède que de l’esprit…/…

Sous l’impulsion de la science et la règle de la machine, notre civilisation tend aujourd’hui à changer complètement la condition matérielle de l’Homme.

5 – Conférence de presse / l’Elysée / 4 février 1965

Nous avons choisi de conduire, oui ! de conduire, notre effort et notre progrès en vue du plus grand rendement, de la plus grande continuité, de la plus grande justice.

6 – Réponse à M. PODGORNY / 20 juin 1966

Les peuples modernes, tous semblablement en cet ère industrielle, poursuivent les buts et se soumettent aux lois de la même civilisation mécanique et scientifique et, de ce fait, ont en réalité, pour se comprendre et pour collaborer, plus de raisons que jamais.

7 – Allocution / Palais de l’Elysée / 10 août 1967

Le progrès, l’indépendance, la paix, tels sont les buts conjugués que poursuit notre politique