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Introduction

  1. Sémantique, de la machine à la technologie
  2. Démarche, l’homme & la machine
  3. Idées, esquisse d’une idéologie progressiste
  4. Futur

A de multiples occasions, et parfois de façon très approfondie, Charles de Gaulle a explicité sa réflexion sur la « machine » ou la « société mécanique », c’est-à-dire sur ce que nous pouvons aujourd’hui convenir de désigner par le terme “technologie”. Les sources et le cadre philosophique de cette réflexion peuvent être analysés et conduisent généralement à une référence majeure : Bergson, complétée par le catholicisme social. C’est sur ce socle philosophique que Charles de Gaulle a pu fonder son «idéologie» et sa démarche politique qui se caractérisent par une double affirmation de la nécessité de prendre en compte la technologie et de la suprématie de l’esprit sur la technologie.

1 – SEMANTIQUE : de la machine à la technologie

La technologie est parfois définie comme la science des techniques, parfois comme une simple technique : on parle indifféremment de techniques ou de technologies militaires, de biotechnologies ou de techniques biologiques, de techniques ou de technologies spatiales ou de hautes technologies ou de techniques de pointe, etc… Cette confusion qui résulte autant de l’histoire linguistique que de la complexité des concepts, voire de la simple américanisation de notre langue, nous laisse aujourd’hui libres de préciser ce que nous entendons par technologie.

Une technologie est un ensemble de techniques, d’organisation et de comportements associés, ayant pour objet la satisfaction d’un besoin de l’homme: la santé, l’habillement, l’habitat, la sécurité, la défense, la communication, la formation, l’information ou l’échange (le commerce), peuvent être considérés chacun comme une technologie. Chaque technologie met en œuvre des techniques comme la chimie, la mécanique, la biotechnique, ou la menuiserie, la fonderie, la filature, ou encore la forge, la couture, la cuisine, etc. et se fonde parfois sur les sciences : comme les mathématiques, la physique ou la chimie.

La technologie peut être considérée soit comme l’une de ces technologies prise indifféremment, soit comme l’ensemble de ces technologies dans ce qu’elles ont de commun. Le concept de technologie ainsi défini ressort davantage de l’économie et de la sociologie que des disciplines “techniques”.

La technologie est, selon le sens défini ci-dessus, aussi vieille que “l’homme”. Les ethnologues s’accordent en effet aujourd’hui à caractériser l’apparition de l’homme par l’apparition de l’outil. Ce n’est pourtant qu’assez tardivement que les concepts de technique et de technologie sont apparus clairement dans la   pensée occidentale; en réalité, la technique comme la technologie ne sont devenues un objet de réflexion philosophique puis sociologique qu’à partir du moment où elles ont apporté une contrainte perceptible par l’homme, c’est-à-dire au début du XIXe siècle, à l’époque des premières usines équipées de vastes machineries. La machine est donc le vecteur de cette contrainte. C’est pourquoi la technique “mécanique” ou “machiniste” est considérée comme l’expression achevée de la technologie au début du XXe siècle. Jusqu’au développement massif de la microélectronique et l’apparition des biotechnologies dans les années 70, la machine mécanique a continué de dominer notre univers technique.

Charles de Gaulle a parfaitement perçu à la fin de sa vie, l’évolution de l’électronique et de la biologie et leur portée sur le monde moderne comme le montrent certains textes (ref. 5.01, 5.22 et 5.23). Néanmoins, sa réflexion, qui est profondément enracinée dans son temps, utilise tout naturellement les termes de machine et de mécanique à l’endroit où nous utiliserions “technique” ou “technologie”. Une lecture moderne de son œuvre impose une transposition sémantique.

2 – DEMARCHE : l’homme & la machine

La pensée technologique de Charles de Gaulle sur le monde moderne commence officiellement en 1934 avec la publication de «Vers l’armée de métier». Puis elle se structure progressivement dans le temps tout en restant dans une continuité idéologique étonnante.

En réalité, dès les années 20, Charles de Gaulle a une perception globale du phénomène technologique et de sa portée sociale et politique, fondée sur sa perception du monde moderne enrichie de la lecture de Bergson et des chrétiens sociaux pour l’essentiel. Plusieurs indices et écrits personnels permettent en effet de dater les débuts de sa réflexion à cette époque. Sauf exception, nous ne les avons pas retenus ici car nous voulions consacrer cet ouvrage à l’expression achevée d’une pensée et non à sa genèse.

Dans les années 30, c’est la vision militaire qui l’emporte. Sa philosophie -ou son idéologie- est appliquée systématiquement, mais avec beaucoup de clairvoyance, à l’armée française qui refuse le progrès. Dans son mémorandum de janvier 1940, il note : “Ainsi la lutte dans laquelle nous sommes engagés implique une réforme profonde de notre système militaire. L’activité étant la condition de la victoire et la force mécanique constituant désormais, dans l’ensemble des moyens, l’élément essentiellement actif, c’est cette force qu’il faut, avant tout, créer, organiser, employer”. Le thème social est certes présent dans cette période mais traité rapidement, sans explication ni développement, en raison de l’urgence de  la question militaire.

Ce n’est qu’avec la guerre, notamment dans le discours d’Oxford en 1941, que la vision sociale va progressivement dominer le discours technologique gaullien : “dans l’époque moderne la transformation des conditions de la vie par la machine, l’agrégation constante des masses et le gigantesque conformisme collectif qui en sont les conséquences, battent en brèche les libertés de chacun”. Par la suite, dans le cadre du R.P.F., son analyse va s’approfondir et déboucher sur la participation : “L’association, c’est-à-dire un système tel que, du moment que des hommes travaillent ensemble à toute espèce de chose, dans une même œuvre productrice, autrement dit, dans une même entreprise, il doit se constituer entre eux, non pas un contrat d’employeur à employé mais un contrat de société.” (Allocution prononcée à Paris devant les comités professionnels du R.P.F., le 31 août 1948).

La vision organisationnelle n’est développée qu’assez tardivement. Si la décentralisation est évoquée dès 1959, la réforme administrative régionale ne sera mise en avant qu’en 1967 et surtout après 1968. En 1969, à Quimper il déclare: “Il faut que notre Plan aménage en conséquence l’action de l’Etat sur tout le territoire. Il faut que chaque région, qui y est justifiée par son étendue et sa valeur, ait la volonté et reçoive les moyens de prendre la part qui lui revient dans l’ensemble de l’effort national”. En parallèle, la réflexion institutionnelle qui conduit au projet de réforme du Sénat et du Conseil Economique et Social mûrit et dès juillet 1964, il déclare : “C’est dire aussi que le moment venu, le Conseil devra recevoir une composition et des attributions mieux adaptées à cette vocation”.

Auparavant, dans les années 62-65, Charles de Gaulle s’est efforcé de mettre en place une grande administration économique moderniste, le plan. Cette organisation a pour mission de conduire la modernisation de la France : “ Il faut que le Plan de développement national, qui déjà, depuis seize ans, oriente vers le progrès l’activité de la France devienne une institution essentielle, qu’elle soit plus puissante par ses moyens d’action, plus ouverte à la collaboration des organismes qualifiés de la science, de l’économie, de la technique et du travail, plus populaire quant à l’intérêt que son œuvre doit susciter dans notre peuple tout entier” (8 mai 1961).

A la même époque, la réflexion de Charles de Gaulle sur le progrès s’élargit: Dès 1961, lors de l’inauguration du tunnel sous le Mont Blanc, il déclare: “le progrès de la science et de la technique ouvre à notre pays des horizons de développement dont les limites reculent tous les jours”. Le discours de Mexico en 1964 montre une mondialisation de sa réflexion : “Une cause, celle de l’Homme; une nécessité, celle du progrès mondial et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui la souhaitent pour leur développement; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie”. Cette réflexion se systématise et en 1966, à Moscou, il affirme : “Culture, science, progrès. voilà ce qui, à notre époque au lieu des rêves de conquête et de domination d’antan, appelle et justifie les ambitions nationales. Voilà sur quoi doivent se rencontrer les peuples d’où procède la civilisation moderne”.

Bien évidemment, ces thèmes dominants n’excluent pas les autres. La modernisation de l’armée continue dans les années 60 avec la politique nucléaire, la politique sociale se développe encore plus avant avec la participation, et la politique de recherche ne cesse jamais dans l’espoir de voir un jour l’économie française bénéficier de cet effort.

Au risque d’appauvrir la richesse de la pensée de Charles de Gaulle, il nous a paru nécessaire de schématiser la démarche pour mieux comprendre et expliquer sa réflexion. Cette schématisation résulte de l’analyse que nous avons faite de sa pensée sur la technique, notamment dans le cas de l’armée des années 30. (voir schéma)

La réflexion de Charles de Gaulle s’organise en quatre thèmes ou débats: société & technologie, individu & technologie, action & technologie et pensée & technologie. A l’exception du thème pensée & technologie, les trois autres débats sont marqués par l’extrême ambivalence des relations mises en évidence. Il n’est pas toujours possible de discerner qui, de la société, de l’individu, de l’action ou de la technologie, a le “dernier mot”. A l’époque où les totalitarismes de gauche comme de droite envahissaient la vie politique de notre planète, ces questions n’avaient pas de réponse clairement acceptable par tous. La crise sociale et culturelle provoquée par le développement technologique restait sans réelle réponse; les totalitarismes revendiquaient à leur compte une réponse “historique” avec une certaine apparence d’efficacité et de réussite. (1)

A l’inverse, puisant dans la tradition occidentale, ayant recours à la culture classique tout autant qu’au rationalisme, Charles de Gaulle rejette immédiatement la voie du totalitarisme et propose une réponse claire aux questions posées par la technologie : l’individu libre guidé par sa pensée constitue l’essence même de la civilisation occidentale et, par conséquent, il est exclu de chercher ailleurs -c’est-à-dire dans le totalitarisme- une réponse aux questions posées par le progrès. Le génie de la France, comme l’essence de la civilisation occidentale, s’y opposent.

3 – IDÉES : esquisse d’une idéologie progressiste

Quelle qu’en soit la maturation, l’expression progressive et la forme politique, la position de Charles de Gaulle face à la technique est d’essence philosophique. Il recourt en effet à la tradition philosophique occidentale pour définir sa position face à la “machine”. S’il est d’abord un grand politique, Charles de Gaulle s’affirme par là même un grand intellectuel occidental s’inscrivant dans la tradition grecque et cartésienne. C’est l’homme de réflexion qui conduit l’homme d’action, même s’il a toujours souligné les nécessités de l’action et les qualités propres à l’homme d’action.

Deux grands courants dominent la pensée de l’époque : un matérialisme plus ou moins proche du marxisme et un renouveau de la tradition philosophique occidentale qui entendait réaffirmer la prédominance de l’homme sur la matière. Se situant dans ce deuxième courant, Charles de Gaulle n’en néglige pas pour autant les arguments du matérialisme, dans la mesure où ils sont fondés sur une réalité et non sur un dogme. Cela le conduit à définir une position politique très pragmatique tout à la fois fondée sur une réflexion philosophique et adaptée aux réalités de l’époque.

L’histoire de la sociologie de la technique commence réellement avec la révolution industrielle et des auteurs comme Saint-Simon ou Auguste Comte; des penseurs comme Marx, Renan, Bergson ou Schumpeter ont marqué son évolution. Aujourd’hui, ce sont plutôt les ethnologues, sous la conduite de C. Lévi-Strauss qui ont apporté et apportent encore les réflexions les plus riches dans le débat “technologie et société”.

Les philosophes grecs avaient bien évidemment traité le sujet de la technique dans la société. Mais le cadre stabilisé – en tout cas relativement à l’époque actuelle – de leurs techniques conduisit ces philosophes à des analyses sommaires affirmant notamment l’indépendance de la technique et de la société. Le XIXe siècle technicien et rationaliste les a bien souvent battu en brèche.

Le fulgurant développement technique et l’évolution technologique associée du début du XIXe siècle, la multiplication d’usines, la concentration urbaine ne manquèrent pas de frapper les premiers sociologues de la technique qui attribuèrent à celle-ci une importance déterminante dans la forme de la société. Marx apparaît comme l’aboutissement caricatural de cette première tendance puisqu’il affirme la prédominance des moyens de production et donc des techniques (l’infrastructure) sur l’organisation sociale et la pensée (la superstructure). La réaction philosophique ne devait pas tarder et conduire 50 ans plus tard à la réaffirmation par Bergson de l’indépendance des deux sphères et même de la domination de la pensée sur le monde réel, retrouvant en cela la tradition multiséculaire de l’occident.

Indubitablement dans le domaine de sa réflexion consacrée à la société occidentale face au machinisme, c’est d’abord à Bergson et à son système de pensée que Charles de Gaulle fait référence. Cette source, si elle est prédominante, ne doit pas faire oublier d’autres auteurs comme Teilhard de Chardin, Paul Valéry et surtout l’ensemble du courant du catholicisme social. La deuxième source fondamentale de la pensée gaullienne sur la technique est, dans la droite ligne de la pensée bergsonienne, la réalité, appréciée à l’aune de l’histoire, de la “durée” toujours présente en arrière-plan.

Il faut remarquer que, dans ses textes officiels, Charles de Gaulle ne fait qu’assez peu référence à la science et semble bien souvent ne s’attacher qu’à la technique comme s’il avait une vision uniquement utilitariste de la science. En réalité, si Charles de Gaulle ne parle pas de la science, c’est qu’il entend s’en tenir au domaine politique. Parler des sciences l’aurait entraîné sur la voie du rationalisme ou du scientisme et il se serait vu contraint d’entrer en conflit avec la religion. Or son but n’est pas de détruire ou de contester, il est d’adapter la société aux nouvelles conditions techniques. Néanmoins, Charles de  Gaulle n’ignore pas la science : il y voit la source de la technique et l’objet des ambitions nationales : “Culture, science, progrès. voilà ce qui, à notre époque au lieu des rêves de conquête et de domination d’antan, appelle et justifie les ambitions nationales. Voilà sur quoi doivent se rencontrer les peuples d’où procède la civilisation moderne” (in : Discours à l’Université de Moscou, 22 juin 1966). Le prodigieux effort de recherche scientifique que la France effectuera sous son impulsion vient tempérer cette remarque sur la primauté de la technique.

Si l’idéologie est un système d’idées constituant une philosophie du monde et de la vie, le système gaullien d’idées sur le progrès constitue une idéologie. Il faudrait la qualifier d’ouverte par opposition aux idéologies fermées, d’ailleurs critiquées par Charles de Gaulle,  qui s’enferment dans une sorte de tautologie intellectuelle les déconnectant de la réalité.

Qu’on le veuille ou non, il s’agit bien d’une idéologie avant d’être un pragmatisme ou un modernisme politique, même si Charles de Gaulle n’a pas l’habitude de plier la réalité à ses idées, ce qui constitue la démarche idéologique normale de l’extrême droite aux communistes. Il s’agit d’une doctrine dont l’essentiel peut être résumé par une formule “le combat pour l’homme” et qui permet d’adapter sa réflexion et son comportement à la réalité moderne.

Pragmatique, Charles de Gaulle construit progressivement son idéologie en l’appliquant à tous les grands problèmes de notre temps : la stratégie militaire après l’apparition du moteur puis de la bombe atomique, l’organisation du travail, l’organisation des pouvoirs publics, la conquête de l’espace tout autant que la décolonisation. Et l’exemple de la renonciation à l’empire colonial illustre bien la démarche : pour un homme de la culture et de la formation de Charles de Gaulle, la renonciation à l’empire et à bien des principes ou des prétentions qui constituaient la France du XIXe, ne se faisait pas sans regret ni tristesse (cf. textes 5.08 et 5.09). Mais la réalité marquée par le progrès des techniques et l’évolution des mentalités, l’emporte : le combat pour l’homme, seule justification suprême de tout, y compris la colonisation, conduit à abandonner la structure coloniale qui n’est qu’un avatar de la mission civilisatrice de la France. L’exemple de son attitude vis-à-vis de l’armée est tout aussi fort. Pour un homme de sa culture et de sa tradition, rompre l’obéissance dès les années 30, puis plus tard entrer en rébellion, ne peut se comprendre sans cette image forte d’une mission au service d’un intérêt supérieur qui est d’abord celui de la France, mais aussi celui de la tradition humaniste appliquée au monde moderne. Charles de Gaulle ne choisit pas le camp de l’Angleterre en 1940, il choisit le camp d’une certaine conception de l’homme adaptée aux conditions du XXe siècle.

Charles de Gaulle est d’abord un homme politique, un pragmatique, qui recourt en permanence à la pensée et à la philosophie pour guider son action. Ce n’est pas un intellectuel qui descend dans l’action mais un homme d’action guidé par la réflexion.

4 – FUTUR : L’idéologie gaulliste, telle qu’elle est définie ici, est-elle encore d’actualité ?

Cette idéologie s’établit sur un socle historique et philosophique solide. La formule du discours prononcé à l’université de Mexico, le 18 mars 1964, en constitue l’essence même : “Une cause, celle de l’Homme; une nécessité, celle du progrès mondial et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui la souhaitent pour leur développement; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie.”

Ce cadre et la méthode d’analyse de Charles de Gaulle continuent d’être pertinents et d’offrir à la réflexion politique un modèle opérationnel. Sa réflexion et l’exposé qu’il en a fait tout au long de sa carrière nous fournissent une “intelligence” du monde moderne. Sa démarche reste ouverte à la réalité et ne s’enferme pas dans un dogme abstrait.

Cette démarche intellectuelle préconisée par Charles de Gaulle tout au long de son œuvre peut être résumée ainsi : d’une part, le progrès technique est inéluctable; d’autre part, la pensée peut seule permettre d’en maîtriser l’évolution et de la mettre au service de l’individu. La notion de maîtrise de la technologie constitue l’aboutissement et le centre de cette démarche.

Néanmoins, cette analyse s’inscrit dans la pensée de son époque et devrait aujourd’hui être complétée et enrichie par différentes considérations afin d’y intégrer le progrès technologique du monde depuis 20 ans, les progrès des sciences humaines auxquelles Charles de Gaulle attachait un grande importance, ainsi que l’évolution économique et politique récente des pays totalitaires.

Nous avons sélectionné quelques thèmes qui illustrent ce phénomène d’adaptation :

  • Le concept de technologie est limité ici à celui de machine ou de technique mécanique. Nous avons indiqué qu’il était possible de l’étendre à l’ensemble de la technologie. Certains textes montrent d’ailleurs que Charles de Gaulle avait commencé de le faire à la fin des années 60 quand il est apparu que l’informatique, l’électronique et la biologie seraient les techniques clés des années 70 et 80. Mais il serait possible d’aller encore plus loin et d’utiliser le concept d’innovation qui permettrait de compléter l’analyse car il intègre mieux les comportements sociaux et humains.
  • Le concept de technologie tel que nous l’avons utilisé dans cet ouvrage ignore pratiquement la notion d’outil individuel élaboré dont le meilleur exemple est le micro-ordinateur. En effet, à cette époque, la technique trouvait son expression essentiellement dans des machines collectives dont la “chaîne” constitue la caricature. Aujourd’hui, où le micro-ordinateur fait concurrence à l’ordinateur, la voiture au train et où l’on “casse” les chaînes pour reconstituer les ateliers, le sentiment de dépendance vis-à-vis des machines a largement évolué. Bien souvent, la machine a été asservie, à moins que l’outil individuel ne soit venu se substituer et « libérer » l’homme.
  • La fin de l’empire totalitaire dans l’est européen apparaît comme une confirmation des analyses gaullistes, à la fois sur la pérennité historique de la Russie par-delà le communisme et sur l’erreur du choix totalitaire pour résoudre la crise du monde moderne. Le peuple et ses traditions séculaires tiennent une grande place dans la construction intellectuelle gaulliste car ils constituent la réalité. Ils retrouvent aujourd’hui leur vrai place face aux idéologies artificielles ou fausses.

La France des années 90 continue de faire face aux problèmes de la modernisation. La crise du monde moderne n’est pas finie pour la double raison que ce monde n’en finit pas d’évoluer et qu’on ne peut digérer une telle évolution en quelques années. En 1993, selon les différents sondages réalisés depuis 3 ans, les grands problèmes sont l’emploi, l’immigration et l’environnement. Voilà pour la partie visible des problèmes du monde moderne. Les problèmes, “invisibles” pour le plus grand nombre, sont la défense et l’équilibre du monde, l’éthique et la démographie.

La crise du monde moderne qui pouvait être résumée à la relation homme-machine et au statut du salariat dans les années 30 à 50 s’est singulièrement compliquée. Ce ne sont plus seulement les relations de travail qui sont en cause mais les grands équilibres de la sociétés : morale, activité, environnement naturel. D’une certaine manière, cette crise est beaucoup plus profonde et dangereuse que la précédente. Le risque totalitaire semble écarté mais la tentation nihiliste est d’autant plus grande. La tentation conservatrice parfois revêtue d’écologie ou de croyances fanatisées, se révèle aussi avec force. Le progrès et la liberté ne sont pas plus assurés de triompher aujourd’hui qu’hier. Si certaines vieilles tentations totalitaires ont fini de s’effondrer avec la dislocation du bloc communiste, il est probable sinon certain que de nouveaux totalitarismes naîtront des contraintes que fait peser sur l’homme la menace de chômage, la destruction de son environnement naturel, le contrôle informatique croissant de sa liberté ou les dangers de manipulation sur son hérédité. Si les sociétés libérales ne parviennent pas à donner rapidement une réponse à ces  questions, il est probable que nous serons confrontés demain comme hier à des crises graves.

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(1) La division “artificielle” de la pensée de Charles de Gaulle et la nécessaire unité de son expression conduisent parfois à des classements “contestables” : ainsi la Partie II sur l’individu déborde sur d’autres thèmes comme la pensée (III-5 et VI) ou la participation (III-6 et IV); certains textes sont situés dans une partie alors que d’autres peuvent paraître aussi adaptées. Cela nous paraît naturel. L’objet de ce livre est d’expliciter la pensée de Charles de Gaulle et nous continuons de penser que la division adoptée permet d’atteindre ce but de façon claire. Mais il est vrai que l’expression d’une pensée politique est forcément unitaire, simplificatrice et ne se prête pas à une segmentation universitaire. Pour remédier à ces faiblesses, nous avons mis à la fin de l’ouvrage un index détaillé et des méthodes de référence multiples. Le lecteur a donc le moyen de retrouver les textes par thème, par date, par titre etc…

V. Gestion

Peter Drucker (1900-2005) et Michael Porter, deux références dans la gestion de l'entreprise de la 2° mitié du XX° siècle - Peter Drucker, image du site druckerarchives.net/druckerinstitue.com ET Michael Porter, Photo Harvard Business School.
Peter Drucker (1900-2005) et Michael Porter, deux références dans la gestion de l’entreprise de la 2° mitié du XX° siècle – Peter Drucker, image du site druckerarchives.net/druckerinstitue.com ET Michael Porter, Photo Harvard Business School.

Pour passer de l’économie à la gestion, on rencontre la contrainte du temps. L’équilibre de gestion doit être permanent et la moindre erreur peut conduire à la ruine alors qu’en économie, le temps n’existe réellement que sur le moyen terme. En une formule, on pourrait dire que la gestion, c’est de l’économie avec une trésorerie toujours positive ; en réalité, cela signifie parfois : commencer l’année en engageant des dépenses aux résultats incertains sans savoir encore comment on générera des ressources pour les payer. Bref, l’urgence, les circonstances, le déroulement dans le temps sont des éléments essentiels de la gestion que l’économie ignore. Le savoir-faire opérationnel, la combinaison de circonstance et l’opportunité prennent une importance considérable dans la gestion au point que parfois, on peut croire que la surface prévaut sur le fondamental.

La gestion de l’innovation ou, plus exactement, l’innovation au quotidien constitue un sujet fondamental pour le système innovant occidental. Mais sa gestion reste « contingente ». L’innovation est au cœur de la vie des entreprises. Mais elle reste encore mal maîtrisée et traitée de façon pragmatique, sous forme de recettes pratiques, et non sous forme d’approche globale. Cela laisse place à beaucoup d’interprétations, analyses et conseils ; les livres sur la gestion de l’innovation, les conseils et les organismes foisonnent.

Le présent ouvrage se veut plus fondamental qu’une simple analyse opérationnelle sur l’innovation et sur la meilleure façon de mobiliser l’entreprise et son personnel pour innover. Néanmoins, ce sujet de la gestion opérationnelle de l’innovation est un élément de cet ouvrage car cette gestion constitue la version pratique de ces réflexions. Il faut même préciser que tout ce qui a été écrit ici est le fruit d’une pratique de l’innovation vécue à la lumière de lectures économiques, sociologiques et historiques.

La thèse qui sous-tend ce livre est celle d’une individuation de l’innovation en ce sens que nous redonnons une place fondamentale à l’innovateur, qui est l’agent central du processus innovant. Avoir retrouvé son origine mythique d’Apkallu nous permet de souligner ce point. Il pourrait être facile de répondre à la question de la gestion de l’innovation, en renvoyant à l’innovateur-Apkallu qui serait le grand maître du processus. Ce serait une caricature. Il n’en est que l’agent central du processus.

Peut-on gérer l’innovation ?

Chacun comprend que notre intuition, sinon notre conviction, est qu’il faut être très prudent dans cette ambition de gestion, car l’essence même de l’innovation est d’être imprévisible, surtout quand elle est proche de la rupture. Notre réponse la plus fondamentale, la plus claire et la plus franche serait dans le cas de l’innovation de rupture, « non », car l’Homme n’est pas le maître complet de son destin. Nous savons depuis la Mésopotamie que cette innovation de rupture est d’essence divine car elle modifie le destin des hommes. Et cette conviction est d’autant plus solide que toutes les tentatives de l’Homme pour devenir le maître absolu de son destin se sont soldées par des échecs, sinon des catastrophes. Cette conviction est encore renforcée par la constatation de l’échec de tous les grands systèmes qui ont voulu gérer et s’approprier le progrès : les pays progressistes centralisés ; mais aussi les grandes politiques d’innovation organisée. Il nous apparaît donc que la modestie doit présider à tout effort de maîtrise de l’innovation.

Pour autant, doit-on rester à attendre le miracle sans s’efforcer de dominer ou d’accompagner d’une façon ou d’une autre un phénomène aussi essentiel que celui de l’innovation ? En connaissant les règles fondamentales explicitées dans ce livre et en s’efforçant de les utiliser dans la pratique, il est en effet possible d’être un peu plus averti, astucieux, sinon intelligent, que les autres et ainsi, de se mettre en position de savoir générer ou utiliser au plus vite les innovations de son époque.

C’est dans ce cadre qu’il est possible de donner ici les éléments et les règles de la partition que va écrire et jouer -c’est-à-dire improviser- l’innovateur, sans oublier de définir les instruments dont il dispose. Il ne s’agit donc pas de méthode, mais d’un ensemble de remarques et d’observations qui aident à y voir plus clair.

La prévisibilité de l’innovation :

L’enjeu fondamental est là : peut-on prévoir, gérer, organiser ? Fondamentalement, non. Car sinon, les économies centralisées, les grands organismes administratifs et les grandes sociétés seraient les champions de l’innovation.

Mais la réalité n’est jamais conforme à cette vision simplificatrice. Tout d’abord, il faut regarder la réalité en face et rappeler tout ce qui contredit la théorie simplifiée : la loi de Moore (voir infra partie I), les travaux de W. Baumol sur le marché libre et les expériences d’innovation systématique (avec des méthodes telles que le Benchmarking ou l’innovation ouverte), démontrent à l’évidence qu’il est possible dans certains cas de prévoir une certaine innovation. Cela suffit à démontrer qu’il faut avoir une approche plus fine et moins globale.

Il faut naturellement segmenter l’innovation et distinguer l’innovation incrémentale de l’innovation de rupture. Nous savons combien la limite est floue, mais la typologie reste bonne et la partie incrémentale relève d’avantage de la gestion. En d’autres termes, il ne faut pas confondre innovation et simple modernisation.

Enfin, s’il n’est pas possible de maîtriser l’innovation, il est aussi possible de ne pas passer complètement à côté. L’innovation est parfois gérable et il convient de comprendre pourquoi, quand et comment. Dans d’autres cas, elle est « récupérable » ; et là encore, il faut comprendre pourquoi et comment.

La nature de l’innovation :

Dans cette partie plus que dans tout autre, il faut avoir à l’esprit l’extrême diversité des situations rassemblées sous le même vocable d’innovation : de l’innovation de rupture (les premiers micro-ordinateurs) jusqu’à l’innovation incrémentale (le nième modèle de machine à laver le linge) en passant par ces innovations intermédiaires dont on ne sait pas si elles sont de rupture ou si elles sont incrémentales. Ces innovations intermédiaires donnent un avantage déterminant aux entreprises qui les détiennent mais ne permettent pas aux entreprises nouvelles de se faire une place au soleil.

Il existe ainsi une continuité dans l’importance d’une innovation, depuis la petite innovation incrémentale jusqu’à l’innovation de rupture et l’une des difficultés sera de repérer le plus tôt possible la qualité d’une invention : sera-t-elle une innovation incrémentale ou de rupture, ou encore, ne sera-t-elle pas une innovation du tout ?

Certaines belles inventions ne trouvent pas le chemin de la véritable innovation : l’utilisation de l’arséniure de gallium pour les semi-conducteurs reste confidentielle (du moins, par comparaison au silicium) alors qu’on nous promet depuis 20 ans des utilisations élargies. Cette innovation reste dans une niche et n’arrive pas à trouver des applications élargies. Elle aurait pu être une innovation incrémentale avec un basculement lent du silicium vers l’AsGa ou, au contraire une rupture si le basculement avait été rapide au point d’handicaper les producteurs utilisant le silicium. Un partie de l’explication, une partie seulement, tient à l’importance de la valeur d’innovation qui n’a pas permis de lancer -à aucun moment- un élargissement des applications qui aurait rendu obsolète les autres produits, ou leur faisant une concurrence implacable sur le marché. L’autre partie de la réponse qui d’ailleurs explique la 1°, tient à l’amélioration rapide des technologies sur silicium qui ont permis de répondre à l’essentiel des besoins des marchés. Cette augmentation des performances du silicium a aussi eu pour effet de diminuer la valeur d’innovation de l’AsGa.

La nature de l’entreprise et le rôle de l’État :

L’entreprise ne peut être réduite à une simple organisation chargée de produire des profits. La production de profits est la mesure de la qualité de sa gestion quotidienne mais ne justifie pas sa création. L’entreprise n’est pas celle de Taylor, ni même celle de Peter Drucker. L’essence d’une entreprise est de gérer sa différence, c’est-à-dire sa valeur d’entreprise. La création d’une entreprise ne se justifie que par l’exploitation d’une telle valeur et sa stratégie est de la maintenir dans le temps (une telle définition nous rapproche de l’analyse de Michael Porter). C’est souvent au travers d’une valeur d’innovation qu’elle se crée et son but sera de défendre cette valeur. Mais cette création peut résulter aussi d’une exclusivité telle que la concession d’un service public ou l’exploitation d’une mine.

Enfin l’État définit le cadre général dans lequel les entreprises et les innovateurs peuvent agir. À ce simple titre, et parce qu’il en définit les règles fondamentales, il est au premier chef intéressé dans la gestion de l’innovation. De plus, l’Etat ne peut se désintéresser aujourd’hui de ce phénomène fondamental qui est à l’origine de la création de richesse et il convient d’essayer de définir quelques règles de cette gestion étatique de l’innovation nationale.

Le « développement local » n’a pas fini de relancer le débat :

La question de la politique d’innovation se situe à de nombreux niveaux, l’entreprise et l’Etat naturellement, mais aussi le « local ». Le débat sur la régionalisation pour le référendum de 1969 avait entrouvert cette discussion qui est naturelle et quotidienne pour les élus locaux : que peut-on faire dans une région, un département ou une ville ? Dans la mesure où l’environnement de l’innovateur est une des clés de l’innovation, il est possible de faire beaucoup, même si le niveau local ne maîtrise pas la fiscalité ni les grands circuits d’aide publique.

Dans la nouvelle vision de l'entreprise, celle-ci n'est plus un club sympathique chargé de maximiser les profits, mais une organisation chargée d'exploiter et de compléter une valeur initiale d'entreprise composée de différents éléments matériels ou immatériels.
Dans la nouvelle vision de l’entreprise, celle-ci n’est plus un club sympathique chargé de maximiser les profits, mais une organisation chargée d’exploiter et de compléter une valeur initiale d’entreprise composée de différents éléments matériels ou immatériels.

La mise en évidence de la notion de valeur d’innovation et des mécanismes économiques qui l’entourent, conduit à une nouvelle vision de l’entreprise qui fait suite et qui englobe à la fois, les deux visions précédentes de l’entreprise : la vision organisatrice de Taylor et la vision plus marketing de Peter Drucker.

Dans cette nouvelle vision, l’entreprise est principalement créée pour gérer une valeur d’innovation ou un autre avantage circonstanciel. Elle s’organise pour gérer cette position de façon optimale et ne peut que difficilement affronter les mutations et les ruptures malgré tous les systèmes et organisations qui sont proposés aujourd’hui à cet effet.

PLAN :

1 – Modèle global de l’entreprise
1 – L’entreprise organisatrice face au marché – 2 – L’entreprise gérante de valeur
2 – L’innovation incrémentale comme ligne de production
1 – Le rêve partagé – 2 – Sclérose des organisations
3 – L’innovation de rupture comme préoccupation stratégique
1 – Une structure est « structurellement » non-innovante – 2 – Une préoccupation

8 points-clés à examiner avec circonspection et expérience pour situer l'innovation.
8 points-clés à examiner avec circonspection et expérience pour situer l’innovation.

Savoir évaluer l’innovation pour apprécier la réalité de la situation : nous sommes là au cœur du problème quotidien des opérationnels de l’innovation, depuis les inventeurs jusqu’aux dirigeants d’entreprise en passant par les investisseurs financiers qui ont donc besoin d’outils pratiques, faciles à mettre en oeuvre pour juger une opportunité.

Attention, comme toutes les règles touchant aux comportements ou à la sociologie, ces règles ne sont pas absolues; seule la combinaison de toutes les règles ci-après permet d’analyser une innovation. Ces règles souffrent -unitairement- d’exceptions et doivent être appliquées avec prudence. L’essence de leur application est très généralement bonne MAIS, l’homme n’étant pas une mécanique, il peut aussi avoir un comportement irrationnel qui peut échapper à toute analyse et prévision.

En d’autres termes, quelle que soit la qualité du modèle théorique que nous proposons, il n’existe pas de modèle idéal parfait et totalement opérationnel. Seule une approche pragmatique peut s’enrichir de cette référence théorique.

PLAN :

1 – La valeur d’innovation
1 – La valeur d’innovation doit être à la hauteur de l’enjeu social ou culturel – 2 – Vérifier le caractère international de la valeur d’innovation – 3 – La rentabilité de l’utilisateur – 4 – Le prix du brevet
2 – Le couple produit X marché
1 – Le produit est-il mûr ? – 2 – Le standard technique est-il atteint ? – 3 – Le modèle économique est-il défini : Qui profite de la valeur d’innovation ? – 4 – Peut-on payer la valeur d’innovation ? (le marché est-il solvable).
3 – L’environnement
1 – Les blocages comportementaux (personnels ou religieux) – 2 – Les blocages sociologiques (pouvoir & religion) – 3 – L’opportunité –
4 – L’innovateur
5 – Coût & risques
6 – Synthèse & exemple

Buste de Georges F. Doriot (1899-1987) réalisé par Petrus en 1991. Le Général Doriot est l'inventeur du capital-risque et d'une façon moderne et systématique de gérer l'innovation de rupture.
Buste de Georges F. Doriot (1899-1987) réalisé par Petrus en 1991. Le Général Doriot est l’inventeur du capital-risque et d’une façon moderne et systématique de gérer l’innovation de rupture.

En préambule à ce chapitre, il nous semble nécessaire de réagir à une certaine mode qui, se fondant sur des statistiques sommaires, fait de l’innovation le pain quotidien de toutes les entreprises qui veulent survivre. Et tente de transformer tous les patrons en des émules de Steve Jobs, Bill Gates et autres Edison.

Diable non. Certains métiers sont éternels, du moins à l’échelle de la vie humaine. Le traitement des eaux développé par la Compagnie Générale des Eaux depuis 1852 a certes été amélioré, mais le métier reste fondamentalement le même. Le transport par chemin de fer n’a pas évolué (peut-être pas assez d’ailleurs ?) depuis 150 ans. Et le métier du tabac qui s’est organisé au cours du XIX° siècle reste fondamentalement identique, même si aujourd’hui, il est passé de mode. La liste serait longue des activités qui ne déclinent pas forcément et qui, néanmoins, ne sont pas l’objet d’innovation de rupture, mais simplement d’une amélioration plus ou moins continue des méthodes de travail. Dans ces sociétés, la stratégie d’innovation ne peut être la même que dans les activités en évolution rapide comme c’est le cas par exemple, dans le domaine de la communication.

C’est à partir de cette remarque de bon sens que nous voulons structurer notre réponse qui est de choisir la stratégie adaptée à la problématique. Et elle peut être suiveur ou découvreur. Pour clarifier les réflexions, il est possible de distinguer 2 orientations principales des politiques d’innovation des entreprises :

  • La stratégie d’innovation de rupture qui va permettre, grâce à une évolution ou une nouveauté majeures du produit, de réaliser un « break » et de s’imposer dans le jeu économique avec une dimension nouvelle.
  • La stratégie de l’innovation incrémentale qui va permettre de conforter des positions acquises.

Ce qui relève du marketing ordinaire est une innovation incrémentale et doit être traité au sein de l’entreprise par des moyens ordinaires avec une motivation ordinaire.

Nous allons donc procéder à une approche double : comment gérer les innovations courantes et comment faire face aux innovations de rupture.

PLAN :

1 – Trouver & baliser le chemin
1 – Evaluer la position du produit – 2 – Evaluer les capacités de l’entreprise – 3 – La méthode du Benchmarking
2 – L’innovation incrémentale
1 – Un animateur pour l’innovation incrémentale – 2 – Le changement organisationnel permanent – 3 – L’innovation ouverte – 4 – Le Kaïzen – 5 – la boîte à idée
3 – Face à l’innovation de rupture
1 – Sortir du jeu – 2 – Transformer le jeu.
4 – Intégrer l’innovation de rupture
1 – Entrer dans le jeu – 2 – Le cas particulier du capital-risque –
3 – La méthode du capital-risque

Le site Web de la SBA (Small Business Administration), direction chargée du SBIC et de l'ensemble de la stimulation des PME aux USA.
Le site Web de la SBA (Small Business Administration), direction chargée du SBIC et de l’ensemble de la stimulation des PME aux USA.

Si l’on recherche dans l’histoire de l’innovation quelques enseignements pour l’avenir, il apparaît 3 grandes règles :

  1. L’innovation n’est pas un phénomène normal : le premier enseignement de l’histoire longue est que l’innovation n’est pas une donnée fondamentale de toutes les sociétés et qu’elle peut disparaître : le premier objectif d’une politique d’innovation est naturellement de favoriser l’existence de l’innovation en réduisant systématiquement les obstacles que la société, l’administration, les organisations et hiérarchies en place dressent devant l’innovation et singulièrement l’innovateur dont il faut reconnaître le rôle particulier.
  2. L’innovation a des effets durables : en 1914, la France avait le leadership industriel dans deux des innovations majeures du XX° siècle qui allaient devenir deux grandes activités innovantes : l’aviation et la voiture. Un siècle plus tard, la France continue d’être un acteur majeur de ces deux domaines. Ce n’est pas un simple hasard mais l’effet cumulé d’un siècle d’efforts après un bon départ. Encore faut-il qu’il y ait un départ !
  3. Le rattrapage est possible : la grande leçon du XX° siècle est qu’il est possible de rattraper et de dépasser les grands pays innovateurs que sont les Européens de la fin du XIX° siècle. Il existe donc un moyen de devenir plus innovateur et les USA ont montré le chemin.

*

L’innovation étant ce phénomène complexe comportant des modifications économiques et sociales, sinon politiques, l’Etat est nécessairement impliqué dans ce processus pour trois raisons :

  1. l’innovateur vit dans un environnement politique et social défini par l’Etat ;
  2. l’innovateur rencontre l’Etat en permanence par le jeu des commandes publiques ;
  3. l’Etat ne peut se désintéresser de ce phénomène qui est la source fondamentale de la richesse future comme le rappelle l’anecdote ci-dessus.

Nous européens, et plus particulièrement nous Français, nous ne pouvons imaginer un État qui ne fasse rien face à une question d’aussi grande importance, notamment dans le domaine de la recherche, illusoirement associé à l’innovation, car nous sommes habitués à voir un État omnipotent depuis le XVII° siècle. La tradition d’interventionnisme de l’Etat français et la vision gaullienne du rôle de l’Etat ont conduit à mettre en place une politique nationale d’innovation entre 1958 et 1975, approximativement prolongée depuis. En réalité, l’analyse gaullienne détaillée dans le livre « De Gaulle & la technologie », comme celle de son successeur direct, Georges Pompidou, est claire : c’est la faiblesse du secteur privé qui les conduit à lancer quelques grands projets nationaux ou européens dans des domaines précis afin d’entraîner l’économie dans son ensemble : Airbus, électricité nucléaire et TGV en sont des exemples brillants. Le minitel fut moins réussi. En d’autres termes, puisque les entrepreneurs privés étaient défaillants, il fallait que les dirigeants politiques fussent de grands innovateurs.

Mais ce type d’action, s’il doit perdurer dans certains cas, n’est plus adaptée au monde moderne dans lequel l’innovation est trop diffuse et généralisée pour être centralisée . C’est un modèle qui convient mieux au nucléaire qu’à l’informatique ou au Web. Le développement d’une économie de marché généralisée et la mondialisation qui l’accompagne rendent obsolètes les politiques trop centralisées. Il faut encore rappeler les échecs cuisants des pays à économie centralisée qui démontre sans appel l’impossibilité de diriger globalement l’innovation. Mais il ne faut pas oublier non plus, les grands programmes américains tels que la conquête de la Lune ou la guerre des étoiles ; ou les programmes franco-européens nucléaires ou dans le domaine du transport (Airbus, TGV).

PLAN :

1 – Orientation générale
1 – Point de départ : des rapports sans consensus et des mécanismes pervertis – 2 – Orientation : étendre la prédominance de l’économie.
2 – Placer l’innovateur au centre
1 – Caractériser l’innovateur – 2 – Le statut économique et social de l’innovateur-entrepreneur – 3 – Intégrer socialement les innovateurs.
3 – Créer un environnement favorable
1- Créer une ambiance innovatrice – -2 – Stimuler les PME par des règles et des financements : SBA – SBIC – SBIR – 3 – Accroître la rapidité de l’innovation.
4 – Commandes publiques & grands projets
1 – La commande publique – 2 – Les grands programmes