Archives de catégorie : De Gaulle

Participation & Régionalisation

1 – Discours / Université d’Oxford / 25 novembre 1941

Si complète que puisse être un jour la victoire des armées, des flottes, des escadrilles, des nations démocratiques, si habile et prévoyante que se révèle ensuite leur politique vis-à-vis de ceux qu’elles auraient, cette fois encore, abattus, rien n’empêchera la menace de renaître plus redoutable que jamais, rien ne garantira la paix, rien ne sauvera l’ordre du monde, si le parti de la libération, au milieu de l’évolution imposée aux sociétés par le progrès mécanique moderne, ne parvient pas à construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun y soient exaltées et garanties, au point de lui paraître plus désirable que n’importe quels avantages offerts par son effacement. On ne voit pas d’autre moyen d’assurer en définitive la triomphe de l’esprit sur la matière. Car, en dernier ressort, c’est bien de cela qu’il s’agit.

2 – Discours prononcé à Nevers, le 13 juin 1948

Les machines sont cause de ceci que partout, même aux champs, les hommes dépendent de plus en plus les uns des autres.

3 – Comités professionnels du R.P.F. / 31 août 1948

L’association, c’est-à-dire un système tel que, du moment que des hommes travaillent ensemble à toute espèce de chose, dans une même œuvre productrice, autrement dit, dans une même entreprise, il doit se constituer entre eux, non pas un contrat d’employeur à employé mais un contrat de société.

4 – Discours à Paris, Bagatelle, le 1er mai 1950

“Un jour, la machine a paru. Le capital l’a épousée. Le couple a pris possession du monde. …/…

Car, c’est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l’origine des grandes secousses subies depuis trente-cinq ans.

5 – Discours, Place de la République, Paris, le 4 sept. 1958

Sous peine de devenir un peuple périmé et dédaigné, il nous faut, dans les domaines scientifique, économique, social, évoluer rapidement.

6 – Allocution radio. et télé. / l’Elysée / 12 juillet 1961

Un pareil renouvellement bouleverse l’équilibre ancien. Dans certaines régions se concentrent l’activité et la population, tandis qu’en d’autres l’essor se trouve ralenti ou empêché par les distances, le manque de ressources, l’insuffisance des communications. D’où la nécessité de répartir ce qui peut l’être pour limiter d’excessives différences. D’autre part, les grands courants économiques qui innervent notre pays et le relient à l’extérieur nous imposent, quant à nos chemins de fer, à nos routes, à nos ports, à nos canaux, à nos aérodromes, des travaux proportionnés à nos progrès et à l’enjeu.

7 – Allocution radio. et télévisée du 31 déc. 1966

Pour que la France poursuive son progrès, pour qu’elle maintienne son indépendance, pour qu’elle appuie la cause de la paix, il lui faut des pouvoirs publics qui soient solides, populaires, continus.

8 – Conférence de presse, Elysée, le 16 mai 1967

L’avantage qu’il y a pour la France à se transformer comme l’exigent l’évolution et la concurrence entraîne inévitablement saccades et difficultés qu’il faut savoir admettre et surmonter…/…Le fait qui domine notre pays en notre temps s’exprime en un maître-mot : mutation.

9 – Entretien avec M. Michel DROIT, le 7 juin 1968

Délibérer c’est le fait de plusieurs et agir c’est le fait d’un seul; ce sera vrai dans la participation comme c’est vrai partout et dans tous les domaines…./…

Il y a une troisième solution : c’est la participation, qui, elle, change la condition de l’homme au milieu de la civilisation moderne.

10 – Mémoires d’espoir, T 1, le renouveau / 1970

Je suis convaincu qu’il manque à la société mécanique moderne un ressort humain qui assure son équilibre.

11 – Conférence de presse / Elysée / 28 oct. 1966

Le changement qu’il faut apporter à la condition ouvrière, c’est l’association active du travail à l’œuvre économique qu’il contribue à accomplir.

12 – Conférence de presse / l’Elysée / 9 sept. 1968

Au total, compte tenu de tout et notamment du caractère éminemment économique et social de notre époque, la fusion du Sénat et du Conseil économique et social en une seule assemblée, telle que les catégories intéressées y délibèrent des problèmes avant que la loi ne tranche, constitue un élément essentiel de la participation que nous voulons instituer.

13 – Allocution / Quimper / 2 février 1969

Dans l’immense transformation que notre France est en train d’accomplir au cours de ce demi-siècle, une question s’est posée dont dépendait son destin. La nation serait-elle saisie tout entière, sur tout son territoire, dans toute sa population, par l’évolution mécanique, technique et industrielle moderne ? Ou bien, limitant son effort aux régions qui semblaient s’y prêter le mieux, laisserait-elle les autres en arrière du progrès ? Je dis aujourd’hui, à Quimper, que le choix est fait. Notre pays, qui, au long des siècles, est devenu ce qu’il est par la réunion des provinces dont chacune lui a apporté ses ressources, son cœur, son esprit, sa valeur, a décidé de vivre ardemment sa vie nouvelle, non pas seulement en telle ou telle contrée, mais partout où il est la France, entre l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord, le bassin du Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées.

14 – Entretien avec M. Michel Droit / 10 avril 1969

Personne ne doute, en effet, que si les agitateurs du printemps de l’an dernier ont pu obnubiler tant de monde, c’est parce qu’ils ont trouvé à exploiter le malaise des rapports humains dans la société mécanique moderne, malaise profond qui, d’ailleurs, ronge les régimes issus du vieux marxisme, en même temps qu’il ébranle ceux qui s’en tiennent à l’ancien capitalisme. Rien n’est donc plus important, pour l’équilibre moral et social de la France, qu’une organisation nouvelle des contacts et de la coopération entre ceux qui dirigent et ceux qui sont dirigés, par exemple entre les enseignants et les étudiants, entre les chefs d’entreprise et le personnel, entre l’administration et les administrés.

Contre l’individu ?

1 – Vers une armée de métier, Technique-1 / 1934

Secourable amie de toujours, la machine à présent, régit notre destin. …/…

Mais le siècle dernier a changé de fond en comble les rapports des humains avec leurs servantes mécaniques. En appliquant à celles-ci d’énormes forces motrices, en perfectionnant leurs organes, en accélérant leur rythme, nous avons trouvé moyen de nous éviter mille efforts physiques. Les machines qui nous vêtent, chauffent, éclairent, transportent, qui préparent notre nourriture, qui nous aident à bâtir et à cultiver, qui reproduisent notre pensée, notre voix, notre image, ont transformé les conditions de la vie plus profondément en cent ans que six mille années ne l’avaient vu faire. Mais, du même coup, nous sommes passés sous leur dépendance.Le rendement de tant de rouages, voilà le critérium dans la répartition des tâches, des ambitions et des profits. Par là, la machine gouverne en toutes matières la vie des contemporains. Elle leur imprime sa hâte et ses enchaînements, les groupe ou les disperse, les siffle ou les renvoie.

2 – Discours / Université d’Oxford / 25 novembre 1941

Il faut convenir, en effet, que dans l’époque moderne la transformation des conditions de la vie par la machine, l’agrégation constante des masses et le gigantesque conformisme collectif qui en sont les conséquences, battent en brèche les libertés de chacun…/…

Il se produit une sorte de mécanisation générale, dans laquelle, sans un grand effort de sauvegarde, l’individu ne peut manquer d’être écrasé.

3 – Allocution / Palais de l’Elysée / 14 juin 1960

Etant le peuple français, il nous faut accéder au rang de grand Etat industriel ou nous résigner au déclin.

4 – Toast adressé au Chah d’Iran / 11 octobre 1961

Or, nous voici en une époque et dans un univers qui mettent en cause les valeurs de nos civilisations, mais qui, en même temps, exigent, de qui veut vivre, le progrès et le développement.

5 – Chambre des Députés, Athènes / 17 mai 1963

La civilisation, qui naquit grâce à la Grèce sur les bords de notre Méditerranée, qu’ensuite les nations d’Europe et, en particulier, la France firent fleurir chez elles et portèrent au loin dans l’univers, a sans nul doute plié les collectivités à des règles rigoureuses. Mais c’est grâce à ces règles-là que furent produits tant de chef-d’œuvres, philosophiques, littéraires, artistiques, ou bien politiques, économiques, guerriers. Encore, dans l’effort général d’où procédaient de tels résultats, toujours l’emportaient en dernier ressort les droits des individus. A notre époque, la science, la technique, la machine, impriment certes à nos activités un caractère de plus en plus mécanique et aggloméré et certains, soumis à des systèmes totalitaires, tentent encore de donner à croire, qu’aux temps modernes la vie, le rendement, la prospérité, exigent la servitude. Mais les peuples grec et français, qui savent très bien et qui prouvent aujourd’hui combien sont fécondes la cohésion et la continuité de l’Etat, sauvegardent à travers tous les rouages, l’âme et la dignité des hommes, la liberté des citoyens.

6 – Allocution radiodiffusée et télévisée / 10 août 1967

L’indépendance, aujourd’hui, ne peut aller sans le progrès.

7 – Allocution / Université de Cracovie / 8 sept. 1967

Le progrès moderne est, aujourd’hui une obligation sans laquelle il n’y aurait pas d’avenir.

8 – Conférence de presse / 27 novembre 1967

Naturellement, il n’y a pas d’invention, il n’y a pas de calcul, il n’y a pas de machine, qui puisse faire qu’à la base de l’œuvre humaine, il n’y ait pas l’effort humain . Pour le progrès des hommes, il faut les hommes.

9 – Conférence de presse / l’Elysée / le 9 sept. 1968

Il est clair que, dans les engrenages de la société mécanique moderne, l’homme éprouve le besoin de se manifester comme tel, autrement dit de participer, non point seulement par son suffrage à la marche de la République, mais par l’intéressement et la consultation à celle de l’activité particulière où il s’emploie.

10 – Allocution radiodif. et télévisée / 31 décembre 1968

Or, à l’origine de ce trouble, il y a le sentiment attristant et irritant qu’éprouvent les hommes d’à présent d’être saisis et entraînés par un engrenage économique et social sur lequel ils n’ont point de prise et qui fait d’eux des instruments. Ce mal du siècle, qui est celui des âmes, nous pouvons pour notre part, contribuer à y remédier en organisant la participation de tous à la marche de l’activité à laquelle ils contribuent, de telle façon que chacun soit dignement associé à ce qui se passe à son propre sujet et assume des devoirs en même temps qu’il fait valoir des droits.

11 – Allocution radiodif. et télévisée / 11 mars 1969

Comment ne pas discerner le malaise des âmes qui, dans la société mécanique moderne, sert de ferment trop commode à ces troubles et de tremplin trop facile à ces agitateurs? Comment ne pas reconnaître que, si l’impulsion de l’époque transforme matériellement notre pays dans ses profondeurs, elle lui impose, en même temps, de changer les conditions morales et sociales de son existence?Bref, ce qui est en cause, c’est la condition de l’homme. Il s’agit donc, partout où des hommes sont ensemble pour vivre ou pour travailler, de rendre leurs rapports plus humains, plus dignes, par là plus efficaces.

12 – Mémoires d’espoir, tome 1 / 1970

A l’antique sérénité d’un peuple de paysans certains de tirer de la terre une existence médiocre mais assurée, a succédé chez les enfants du siècle la sourde angoisse des déracinés. …./…

Par rapport à l’existence individualiste de ruraux, d’artisans, de commerçants, de rentiers, qui depuis tant de siècles avait été celle de nos pères, les Français d’aujourd’hui se voient contraints, non sans quelque peine, à une vie mécanisée et agglomérée.