Contre l’individu ?

1 – Vers une armée de métier, Technique-1 / 1934

Secourable amie de toujours, la machine à présent, régit notre destin. …/…

Mais le siècle dernier a changé de fond en comble les rapports des humains avec leurs servantes mécaniques. En appliquant à celles-ci d’énormes forces motrices, en perfectionnant leurs organes, en accélérant leur rythme, nous avons trouvé moyen de nous éviter mille efforts physiques. Les machines qui nous vêtent, chauffent, éclairent, transportent, qui préparent notre nourriture, qui nous aident à bâtir et à cultiver, qui reproduisent notre pensée, notre voix, notre image, ont transformé les conditions de la vie plus profondément en cent ans que six mille années ne l’avaient vu faire. Mais, du même coup, nous sommes passés sous leur dépendance.Le rendement de tant de rouages, voilà le critérium dans la répartition des tâches, des ambitions et des profits. Par là, la machine gouverne en toutes matières la vie des contemporains. Elle leur imprime sa hâte et ses enchaînements, les groupe ou les disperse, les siffle ou les renvoie.

2 – Discours / Université d’Oxford / 25 novembre 1941

Il faut convenir, en effet, que dans l’époque moderne la transformation des conditions de la vie par la machine, l’agrégation constante des masses et le gigantesque conformisme collectif qui en sont les conséquences, battent en brèche les libertés de chacun…/…

Il se produit une sorte de mécanisation générale, dans laquelle, sans un grand effort de sauvegarde, l’individu ne peut manquer d’être écrasé.

3 – Allocution / Palais de l’Elysée / 14 juin 1960

Etant le peuple français, il nous faut accéder au rang de grand Etat industriel ou nous résigner au déclin.

4 – Toast adressé au Chah d’Iran / 11 octobre 1961

Or, nous voici en une époque et dans un univers qui mettent en cause les valeurs de nos civilisations, mais qui, en même temps, exigent, de qui veut vivre, le progrès et le développement.

5 – Chambre des Députés, Athènes / 17 mai 1963

La civilisation, qui naquit grâce à la Grèce sur les bords de notre Méditerranée, qu’ensuite les nations d’Europe et, en particulier, la France firent fleurir chez elles et portèrent au loin dans l’univers, a sans nul doute plié les collectivités à des règles rigoureuses. Mais c’est grâce à ces règles-là que furent produits tant de chef-d’œuvres, philosophiques, littéraires, artistiques, ou bien politiques, économiques, guerriers. Encore, dans l’effort général d’où procédaient de tels résultats, toujours l’emportaient en dernier ressort les droits des individus. A notre époque, la science, la technique, la machine, impriment certes à nos activités un caractère de plus en plus mécanique et aggloméré et certains, soumis à des systèmes totalitaires, tentent encore de donner à croire, qu’aux temps modernes la vie, le rendement, la prospérité, exigent la servitude. Mais les peuples grec et français, qui savent très bien et qui prouvent aujourd’hui combien sont fécondes la cohésion et la continuité de l’Etat, sauvegardent à travers tous les rouages, l’âme et la dignité des hommes, la liberté des citoyens.

6 – Allocution radiodiffusée et télévisée / 10 août 1967

L’indépendance, aujourd’hui, ne peut aller sans le progrès.

7 – Allocution / Université de Cracovie / 8 sept. 1967

Le progrès moderne est, aujourd’hui une obligation sans laquelle il n’y aurait pas d’avenir.

8 – Conférence de presse / 27 novembre 1967

Naturellement, il n’y a pas d’invention, il n’y a pas de calcul, il n’y a pas de machine, qui puisse faire qu’à la base de l’œuvre humaine, il n’y ait pas l’effort humain . Pour le progrès des hommes, il faut les hommes.

9 – Conférence de presse / l’Elysée / le 9 sept. 1968

Il est clair que, dans les engrenages de la société mécanique moderne, l’homme éprouve le besoin de se manifester comme tel, autrement dit de participer, non point seulement par son suffrage à la marche de la République, mais par l’intéressement et la consultation à celle de l’activité particulière où il s’emploie.

10 – Allocution radiodif. et télévisée / 31 décembre 1968

Or, à l’origine de ce trouble, il y a le sentiment attristant et irritant qu’éprouvent les hommes d’à présent d’être saisis et entraînés par un engrenage économique et social sur lequel ils n’ont point de prise et qui fait d’eux des instruments. Ce mal du siècle, qui est celui des âmes, nous pouvons pour notre part, contribuer à y remédier en organisant la participation de tous à la marche de l’activité à laquelle ils contribuent, de telle façon que chacun soit dignement associé à ce qui se passe à son propre sujet et assume des devoirs en même temps qu’il fait valoir des droits.

11 – Allocution radiodif. et télévisée / 11 mars 1969

Comment ne pas discerner le malaise des âmes qui, dans la société mécanique moderne, sert de ferment trop commode à ces troubles et de tremplin trop facile à ces agitateurs? Comment ne pas reconnaître que, si l’impulsion de l’époque transforme matériellement notre pays dans ses profondeurs, elle lui impose, en même temps, de changer les conditions morales et sociales de son existence?Bref, ce qui est en cause, c’est la condition de l’homme. Il s’agit donc, partout où des hommes sont ensemble pour vivre ou pour travailler, de rendre leurs rapports plus humains, plus dignes, par là plus efficaces.

12 – Mémoires d’espoir, tome 1 / 1970

A l’antique sérénité d’un peuple de paysans certains de tirer de la terre une existence médiocre mais assurée, a succédé chez les enfants du siècle la sourde angoisse des déracinés. …./…

Par rapport à l’existence individualiste de ruraux, d’artisans, de commerçants, de rentiers, qui depuis tant de siècles avait été celle de nos pères, les Français d’aujourd’hui se voient contraints, non sans quelque peine, à une vie mécanisée et agglomérée.

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